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| Pourquoi éduquer à une vision esthétique du monde serait une entrée pertinente pour l'EDD ? La circulaire du 29-03-07 invite les enseignants à entrer dans la seconde phase de généralisation de l’EDD. Elle rappelle que cette éducation doit «former à la démarche scientifique et prospective, permettant à chaque citoyen d’opérer ses choix et ses engagements en les appuyant sur une réflexion lucide et éclairée». L’une des valeurs défendues dans l’argumentaire de l’Institution est la nécessaire prise de conscience de notre responsabilité à l’échelle individuelle et collective. Cependant, la notion de responsabilité se construit dans les profondeurs des êtres. Il exige une conscience intime de l’Autre, de considérer un monde où l’Autre est un être sensible qui existe autant que soi-même et pour qui on reconnaît des aptitudes analogues au plaisir et à la souffrance. Cette compétence altruiste n’est pas innée car le petit humain est d’abord un être narcissique, état archaïque qui permet de survivre à l’aube de l’existence. La confiance en la mère (ou son substitut) lui permettra d’accepter le monde environnant autrement que comme un monde hostile qu’il faut combattre, mordre et dont il faut soutirer aveuglement la manne pour rester en vie. Faire confiance, reconnaître que l’Autre digne de confiance doit être préservé pour permettre son propre développement, c’est tisser des liens affectifs d’interdépendance. Les acteurs de l’éducation à l’environnement ne s’y trompent pas en prônant comme valeur essentielle le sentiment d’empathie. Les textes officiels de l’Education Nationale (BO n°5 du 12/04/07 HS) affichent aussi la nécessaire mission transversale qui consiste à développer la prise de conscience, le respect et l’attention de (à) l’Autre. Mais, l’Autre peut être aussi un être vivant non humain et non sensible (les plantes) pour lequel il est difficile d’éprouver à priori de la compassion. Comment accorder une valeur intrinsèque à tous les êtres vivants, aux éléments dont ils dépendent (eau, cailloux, air...) et aux écosystèmes, sinon en éduquant à une vision esthétique de la nature ? Comment se soumettre avec délice aux lois contraignantes de la nature (alternance jour-nuit et des saisons ; forces naturelles) sans lui reconnaître la beauté propre aux entités bienfaisantes ? Développer des rapports affectifs avec nos compagnons du monde, au delà des rapports utilitaires à connotation anthropocentrique, permet d’apprendre à mieux vivre avec son environnement et le préserver. Cependant, l’empathie qui permet de prendre soin des Autres (organismes vivants et écosystèmes) ne se construit pas sans éducation et requiert bien davantage qu’une accumulation de connaissances scientifiques sur la nature et les phénomènes naturels environnants. En effet, la démarche scientifique d’investigation préconisée par les textes officiels de 2002 permet de construire des connaissances collectives impersonnelles, neutres mais validées par la communauté scientifique imprégnée de la culture occidentale. Elle est un excellent outil pour exercer la pensée émancipatrice, pour faire adhérer l’ensemble d’une société à un savoir contemporain débarrassé de l’influence ancestrale des mythes et des croyances. Elle se dit rationnelle, rigoureuse et épurée des rêveries divagantes. Les textes de l’EN invitent à un imaginaire mais un imaginaire raisonné. La Science est tout de même une interprétation collective et imposée du monde. La vocation des mythes était de proposer une explication du monde pour apaiser les angoisses du mortel. Il en est de même pour la Science (ou la religion). Est-ce que savoir par les lunettes ou les microscopes des Hommes de Sciences, savoir par le jeu de calculs, de mesures et de toutes démarches intellectuelles, est-ce que ce savoir est nécessaire et suffisant ? Est ce que les papillons savent moins bien le monde que nos Prix Nobel de biologie ? Est ce que les connaissances acquises par l’intellect poussent massivement les humains à protéger la nature ordinaire ? Est ce que tous les diplômés en biologie sont des personnes engagées en faveur de la biodiversité ? Est ce que tous les militants défenseurs de la nature prétendent posséder des connaissances encyclopédiques ? Aussi, nous croyons à l’importance du savoir sensoriel, corporel, fruit de contacts répétés et d’immersions émouvantes dans la nature, modelé par des expériences intimes avec les éléments, en dehors de l’adulte inhibiteur qui fait trop souvent écran entre les éléments et le corps. Les liens de confiance tissés avec la nature sont emprunts d’affectif. Les enfants trouvent beaux ce qu’ils aiment et ce qui les sécurise. Des contacts rassurants, voire agréables avec la nature, font d’elle un monde esthétique pour qui ils éprouvent de la compassion et de la curiosité. La Science est au service de cette envie de protéger pour faire au mieux. Les connaissances scientifiques deviennent alors utiles car elles permettent de faire des choix raisonnés. Cela n’empêche aucunement la pensée poétique et l’imaginaire fertile de cheminer librement quand ils ne sont pas considérés comme des obstacles à la rationalité. Une vision esthétique du monde, voire une aptitude à la contemplation, entretient la motivation indispensable pour tenir ses engagements en faveur de l’environnement. En résumé, la poésie est une entrée que l’on aurait tord de négliger dans les projets dédiés à l’EDD. Elle permet un travail en profondeur pour reconnecter les jeunes citoyens à la nature, matrice incontournable d’un monde toujours mouvant. Objectifs transversaux de l’Education Nationale spécifiques à l’EDD : Objectifs par compétences (les chapitres concernés) Valeurs prônées par EN (BO du 12/04/2007 HS) Valeurs prônées par les acteurs de l’éducation à l’environnement (GRAINE Centre, 2008)
Projet réalisé grâce au soutien :
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