6e colege Jean Renoir Bourges

En quoi rester humble vis-à-vis du public et de la nature est-il une valeur nécessaire pour éduquer à l'environnement ?

Par Frédéric Chéca

 

Dossier réalisé à partir de la Revue La Luciole du Centre
Hors Série 2008

 

 

Il est intéressant de prendre connaissance des définitions que l’on trouve à propos de l’humilité. Pour le Larousse, c’est “l’absence complète d’orgueil”. Voltaire va dans ce sens puisqu’il dit que l’humilité est le contrepoison de l’orgueil. Pour Simone Weil, l’humilité est une purification par élimination de soi, du bien imaginaire. D’autres disent que c’est une vertu qui nous donne la conscience de notre faiblesse et de nos limites.

 

 

 

 

 

 

 
 

Effectivement, la nature nous le rappelle : comment ne pas être humble face à la création ? L’homme aurait-il oublié ses origines ? Nous sommes des animaux, certes évolués (au regard du critère de la complexité), mais des animaux intégrés dans l’écosphère. La nature n’a eu de cesse de créer et de faire évoluer le vivant.

Qu’est-ce que nous sommes face à un ouragan, un tremblement de terre, une éruption volcanique ? Nous devons admettre que nous pouvons disparaître sans autre forme de procès, comme tout être vivant de cette planète. Mais, dans bien des cas, l’espèce humaine se sent forte, parfois même, elle pense avoir dompté cette nature initialement si imprévisible et si sauvage. Et nous en avons même oublié les principes de base de la vie sur terre, et nous exploitons, dévalisons, pillons notre propre maison.

L’éducateur est-il humble ? Il peut avoir l’impression de posséder le savoir, d’avoir raison donc de donner des leçons et de juger. “Il est le sauveur de la planète…” Il est souvent pétri de convictions. Il ne ménage pas son engagement voire son militantisme. Mais alors, est-ce que l’humilité est compatible avec des convictions et des valeurs ?

Mais est-ce que être humble n’est pas aussi une forme d’hypocrisie ? En effet, si l’on se réfère à une définition d’encyclopédie, l’humilité consiste à “se placer volontairement”, et donc sciemment, “en dessous de sa position, de sa valeur”. On feint d’être humble, mais au fond de soi, on a toujours une part de vanité. Pour Gandhi, l’humilité revient à cultiver l’hypocrisie, l’humble n’a pas conscience de son humilité.

De plus, dans le sentiment d’humilité, on peut suspecter une forme de soumission. Ne sommes-nous pas soumis à la nature ? Cette nature ne deviendrait-elle pas notre “Dieu” ? Et du coup, ne sommes-nous pas des éducateurs de la secte “Environnement” ? François de La Rochefoucauld va plus loin. Pour lui l’humilité n’est souvent qu’une feinte soumission, dont on se sert pour soumettre les autres. À méditer…

Si l’humilité est une valeur de l’éducation à l’environnement, comment se manifeste-t-elle ? Comment l’éducateur la met-elle en pratique ?

Peut-être que l’éducateur peut tendre vers l’humilité en se remettant régulièrement en question et en s’auto-évaluant. Elle se manifeste dans sa façon d’être, à travers son langage, son ouverture d’esprit, sa tolérance, l’attention qu’il porte à son public.

L’éducateur à l’environnement “idéal” tend à s’inscrire dans une démarche de partage et de mutualisation des expériences, des connaissances. Il ne cherche pas à se placer comme détenteur du savoir. C’est parce qu’il soumet son avis plutôt que de l’imposer qu’il y parvient.

Il est très difficile de trouver un exemple précis. Quel est l’éducateur qui est capable de dire “voilà sur cette animation, avec ce public, j’ai été humble…”.

Et notre public, nos apprenants, sont-ils humbles ? Ni plus ni moins que nous, éducateurs. Par contre, nous pouvons peut-être les amener à plus d’humilité, notamment en les replaçant face à la nature et en renouant ce lien bien souvent disparu.