Pour mener à bien les objectifs du GRAINE Centre, des actions sont réalisées par celui-ci parmi lesquelles une mission de recherche relative à l’éducation à l’environnement. Quelques adhérents se sont ainsi mobilisés pour exprimer par des jeux d’écritures les valeurs qu’ils reconnaissent, vivent et transmettent depuis des années au quotidien.
Depuis seulement quelques années pour les uns à quelques dizaines d’années pour les autres, ces acteurs de l’éducation à l’environnement mettent en pratique sur le terrain des idées, en cohérence avec leurs propres convictions, sans pour autant avoir provoqué une réflexion commune sur les principes moraux qui nourrissaient les actes d’éduquer. La naissance de ce petit groupe a permis, en partant des récits d’expériences concrètes, de mettre en évidence les principales valeurs qui sont défendues par le réseau GRAINE Centre, valeurs qui sont le fondement même de notre démarche participative et éducative.
La grande hétérogénéité du groupe (pas seulement géographique) reflète bien la composition très diversifiée du réseau. Du responsable pédagogique à l’animateur, en passant par le technicien, le directeur de structure, ou l’enseignant, leurs expériences individuelles sont d’une richesse qu’ils ne soupçonnent peut-être pas eux-mêmes. Leurs formulation et mutualisation contribuent à démontrer l’effet “holistique” d’un tel réseau, “le tout valant davantage que la somme des parties”.
Frédéric Chéca
Proche d’un grand-père paysan en Auvergne, j’ai été amené à découvrir la campagne et surtout la terre à son contact. De lui, je tiens le sens du respect du vivant et surtout de l’économie de l’eau, du bois, du foin, ce que j’ai très longtemps pris pour de l’avarice…
Le vent m’a amené à m’enraciner dans le Loiret, dans un Arboretum superbe où j’ai timidement accompagné les visiteurs, puis encadré des groupes d’enfants. Après un BEATEP en environnement me voilà depuis éducateur en environnement.
Nicolas Gagnon
Fils, petit-fils, arrière-petit-fils d’agriculteurs/chasseurs dans le Loiret (vers Montargis), j’ai été formé dans l’enseignement agricole. Après un BTA Gestion de la faune sauvage, j’ai bifurqué vers l’éducation à l’environnement en passant un BTS gestion et protection de la nature option animation nature à Vendôme. L’année suivante, j’ai été recruté au sein du Syndicat d’Aménagement Rural des cantons de Courtenay et Château-Renard (syndicat de communes, 25 communes et 20 000 habitants) en tant qu’animateur pour mettre en place la collecte sélective des déchets.
Avec les années, je suis devenu directeur général des services et je m’occupe maintenant de l’équipe de collecte des ordures ménagères et des déchets recyclables, de 3 déchèteries, et de la partie technico-administrative (marchés publics, budget, réunions du comité…). Depuis 2008, je gère aussi une nouvelle compétence du syndicat, le SPANC (service public d’assainissement non collectif).
La sensibilisation est un facteur clef dans les domaines de l’assainissement et des déchets et les collectivités en sont bien conscientes.
J’ai donc à coeur de mobiliser la population du territoire pour faire en sorte que le service soit de bonne qualité. L’amélioration de la qualité de l’éducation à l’environnement en est un levier fondamental et c’est pourquoi je suis engagé depuis 1997 dans le domaine associatif. Aujourd’hui, je suis co-président du GRAINE Centre et administrateur du réseau national École et Nature et je donne le temps que je peux au développement de l’éducation à l’environnement.
Je suis convaincu que les éco-gestes ne sont pas une fin en soi et qu’il faut aller plus loin dans l’éducation, la formation, la sensibilisation en tous lieux et tout au long de la vie.
Sandy Goll
J’ai 29 ans et ça fait près de 10 ans que je travaille dans l’animation. Le BAFA passé m’a permis de travailler tout d’abord en centre de loisirs, puis en tant qu’animatrice de quartier dans un centre social. Ça a été le déclic pour moi ! Je ne me suis plus arrêtée et j’ai ensuite décidé de me professionnaliser en passant un BEATEP “environnement” : j’ai pu allier ma passion et mon métier. À côté de ça je suis bénévole dans diverses associations d’environnement et d’éducation populaire (j’encadre entre autres des stages BAFA et je peux transmettre à mon tour les valeurs qui me sont chères aux futurs animateurs. La boucle est bouclée !). Un engagement qui me semble indispensable dans mon domaine, question de cohérence !
Sophie Legland
Pour le choix de mes études, j’étais partagée entre mon intérêt pour la nature et l’environnement et celui pour “l’humain”. C’est le premier qui l’a emporté, puisque j’ai d’abord suivi une formation scientifique et technique en génie de l’environnement (DUT). Mon BAFA et une petite expérience dans l’animation loisirs m’ont permis de trouver un poste d’ambassadrice de tri en collectivité locale pour 5 ans. Parmi mes missions diverses, l’animation et le contact avec le(s) public(s) ont vite trouvé ma préférence. Je me suis alors professionnalisée dans ce domaine, plus particulièrement en éducation à l’environnement par le biais du BEATEP. Entre temps, j’avais aussi adhéré au GRAINE Centre, me retrouvant pleinement dans les valeurs défendues par ce réseau. J’ai maintenant 27 ans et suis coordinatrice d’une équipe d’animateurs de tri.
Outre le fait de relier mes deux centres d’intérêt de départ, l’éducation à l’environnement représente pour moi un engagement professionnel, personnel, et un levier d’évolution de notre société vers un idéal de respect de l’homme et de son environnement.
Solange Matheron
“Mais qui est Solange ?” ou devrais-je dire “Comment, vous ne connaissez pas Solange” ? Ici, Solange est connue comme le Loup Blanc ! Originaire de Corrèze, militante engagée, après avoir suivi l’École Forestière, Dame Solange a fait un atterrissage réussi à Chambord, Ferme de La Gabillière. L’éducation à l’environnement, elle connaît : cela fait maintenant… euh… bien longtemps que Solange s’occupe du Service éducatif du Domaine. Dans la forêt, autour des étangs, près de la Chapelle de Maurepas, à pied ou à vélo, Solange nous fait rêver, Solange nous entraîne dans son monde, Solange nous ouvre les yeux, Solange nous surprend…
Solange parle aux arbres, elle est très amie avec les lutins de la forêt (pour de vrai !!). Les potions magiques qui guériront la Chouette n’ont plus de secret pour elle. Solange sait raconter les histoires. Solange est habitée par le monde merveilleux de la nature et elle le partage volontiers…
Alors si vous ne connaissez pas Solange, dépêchez-vous, allez la voir !
Cyril Maurer
Né en 1975 et importé tout droit de Normandie, j’ai réalisé ma première expérience en éducation à l’environnement lors de ma formation en Brevet de Technicien Supérieur (BTS) Gestion et Protection de la Nature (GPN) au Lycée Agricole de Vendôme (41) en 1996.
Vraie révélation pour la suite de mon existence, je n’ai cessé jusqu’à ce jour d’exercer ce en quoi je crois : le respect de la vie et la sensibilisation de tous aux différentes problématiques environnementales.
La région Centre et la Loire sont pour moi une terre d’accueil où j’exerce depuis plus de 10 ans. J’ai débuté mon parcours en entrant à l’Observatoire Loire à Blois comme responsable pédagogique et animateur nature. Depuis la fin de l’année 2005, un vent d’ouest, comme on en connaît sur le fleuve, m’a déposé délicatement dans une nouvelle structure : la Maison de Loire du Loiret. Devenu aujourd’hui responsable de cette structure, je continue à oeuvrer au quotidien pour le fleuve Loire et auprès de celles et ceux qui restent à convaincre que l’éducation à l’environnement doit faire partie intégrante du système éducatif et qu’elle soit accessible à tous, pour que chacun puisse, au fil de l’eau, comprendre ce qui les entoure.
Sébastien Perrin
Très jeune, je jouais au roi des haies, au prince des forêts. De cette enfance dans l’imaginaire et la nature, naquit une petite graine qui plus tard deviendrait un arbre.
En effet, mes études furent marquées par le sceau de l’écologie. De licence en maîtrise puis en DESS, je suis devenu ingénieur écologue. Au fil des rivières, j’ai rencontré le CPIE et j’ai commencé à découvrir l’éducation à l’environnement…
Quoi de plus merveilleux que d’être dans la nature et d’oeuvrer avec les enfants pour la sauvegarde de l’environnement ? Je crois que je n’ai pas trouvé mieux.
Eric Peyrous
J’ai les mains rêches. Pendant que mes élèves se mettent à tracer leurs croquis, je les abandonne pour aller au fond de la classe. Dans l’évier, je plonge mes mains dans l’eau un peu trouble qui n’a pas été vidée (économie, économie) et je les lave. Je ne supporte pas la poussière de craie.
Brouhaha paisible. Échanges vifs mais argumentés. Si quelqu’un rentre, quel regard sur la classe ? Pas un enfant qui ne soit en train (entrain ?) d’observer, dessiner, de voir avec son partenaire où il en est. Et moi… la chemise à demi sortie et le pantalon crotté !
Il fait chaud et l’odeur est forte. De retour sur l’estrade, après un dernier passage auprès de chaque groupe (debout, à demi assis, penché sur la table…) je goûte le moment avant de rompre le charme. Un dernier coup d’oeil par la fenêtre. Seize heures. L’heure où le soleil se réverbère sur l’étang au bord duquel nous étions il y a encore une heure.
Je frappe dans les mains. Retour au silence, bruits de chaises, regards tournés vers le tableau.
“ - Qui nous rappelle la consigne ?
- Où en êtes-vous ?
- Encore dix minutes et nous mettons en commun.”
La fin de la séance est plus cadrée. Les enfants m’interpellent : “Je n’aurai pas fini !”, “Ce n’est pas grave. Vendredi, après la géométrie nous aurons une deuxième séance pour mettre au net… et puis l’année n’est pas finie.”
Vous l’avez compris, je suis maître d’école, de la vieille école. J’ai 45 ans et j’enseigne depuis 25 ans ! Et dans ma classe du Louroux, les CE2 deviennent guides nature. Ils auront la charge à partir de mars d’accueillir des camarades (de la grande section à seconde) pour leur transmettre ce qu’ils auront découvert, appris, mis en forme à propos de l’Étang des Roseaux (fonctionnement, botanique, ornithologie). Et d’ici là, ils auront à préparer et gérer le planning des accueils… autonomie… autonomie ?
Véronique Philippot
J’enseigne devant des enfants ou des adolescents depuis presque 15 ans.
Le métier d’enseigner n’était ni une vocation ni une fin en soi, mais un moyen, un outil mis à disposition. Élève, je n’ai pas compris pourquoi il fallait s’exercer et apprendre et ma frustration était latente. Plus tard, il m’a fallu donner du sens aux objectifs d’apprentissage, aux aventures vers lesquelles j’invitais mes élèves. Je m’efforçais alors d’ancrer les apprentissages fondamentaux dans un but de compréhension globale du monde où il était important de ressentir la place de l’homme dans son environnement.
Cette recherche du sens de l’acte d'éduquer se dirigeait non pas exclusivement autour de l’enfant comme entité centrale mais vers l’idée que l’enfant doit se fondre harmonieusement dans une nature dont il deviendra responsable.
En fait, ce qui peut me paraître évident aujourd’hui est le résultat d’un cheminement sinueux. Devenue prof de S.V.T., j’ai essayé d’introduire mes cours par l’une ou l’autre des questions en me mettant à la place des ados : “Qu’ai-je besoin de savoir et de comprendre pour préserver ma santé (et celle des autres) et préserver mon environnement ?”. Le maintien global du processus vital donc de l’intégrité des entités vivantes (qu’il s’agisse de sa propre personne ou des écosystèmes) est la finalité de mon métier de professeur, en tant que poussière insignifiante parmi les poussières engagées. Je m’efforce, avec mes petits moyens et toute mon âme, à insuffler une prise de conscience de la responsabilité qui incombe à chacun de nous.
Éduquer au respect de la vie, c’est aussi savoir expliquer pourquoi l’on peut décourager légitimement un enfant devant l’acte d’écraser une araignée.
Marie Schricke-Doyen
Fille, petite-fille et arrière-petite-fille de chasseurs passionnés, j’ai été bercée très jeune dans un univers 100 % nature. À l’aube, sur les bords de mer, chant du courlis, passage des chevaliers, vent frais et salé, la Bretagne a été mon premier berceau, aux côtés de mon cher Papie Étienne. Puis c’est la Sologne qui a conquis mon coeur, forêts, landes et étangs, sur les traces du chevreuil ou du renard… Après un parcours plutôt littéraire, ma voie était toute trouvée !
L’aventure pouvait enfin commencer, ma reconversion aussi : BTA Gestion de la Faune Sauvage, Certificat de Spécialisation en Techniques Cynégétiques à Vendôme, le ton était donné. Sur mon chemin, j’ai découvert la Baie de Somme et le Parc Ornithologique du Marquenterre : ma toute 1re expérience en animation dans une nature exceptionnellement belle et riche. J’ai poursuivi ma route vers la Bretagne, à la Fédération des Chasseurs du Morbihan en tant qu’agent technique cynégétique… Mais c’est ailleurs que battait mon coeur ! Retour aux sources, vers ma terre d’adoption : la Sologne. BEATEP option environnement – une évidence – avec le GRAINE Centre et Chambord comme terre d’accueil… un paradis très formateur (Merci Solange !) qui m’a conduit depuis 4 ans à Sologne Nature Environnement. L’éducation à l’environnement a alors pris tout son sens : partage, respect, écoute, échange, tolérance, joie, regards d’enfants pétillants… La “Petite Marie” a fait son chemin, mais déjà elle aspire à d’autres horizons…
Alors rendez-vous quelque part en Sologne, si vous me cherchez, sachez que je suis dans la nature !
Clément Sirgue
Je suis aujourd’hui éducateur à l’environnement et batelier de Loire. Avant cela, profondément dyslexique, j’ai suivi une scolarité singulière et chaotique. Le premier chaos : un mois après la rentrée en cours préparatoire, quand les premières lettres refusaient de devenir des mots...
Corinne Vermillard
Mes souvenirs d’enfant comme d’adolescente ont tous la campagne en commun. La campagne des prairies, des forêts, des ruisseaux... et se concentrent surtout entre l’Aveyron et la Corrèze.
Mon parcours professionnel a démarré il y a plus de 17 ans. Il a été marqué par une belle rencontre, celle avec un lieu à part, qui m’a offert un superbe défi. La jeune association qui venait alors d’être créée à l’Arboretum national des Barres (Loiret) avait une mission, celle de faire de ce haut lieu de la botanique, un site accessible à tous les publics. C’est la conjugaison entre l’extraordinaire potentialité pédagogique du site, le partage de motivation avec un coéquipier passionné et la découverte de l’éducation à l’environnement, qui a donné toute l’orientation à mes engagements professionnels et du sens à ce que j’ai entrepris depuis.
Mon engagement bénévole dans la création et à différentes étapes de la vie du GRAINE Centre a été une expérience unique, de construction, de réflexion, de partage, de rencontres et d’amitiés durables...
Ces expériences, ces engagements et le suivi de ma formation DEFA m’ont permis de faire évoluer mes responsabilités et d’expérimenter des fonctions très variées au sein d’une même structure. À 40 ans, happée par l’appel du large et l’envie d’horizons nouveaux, j’ai rejoint durant l’été 2008 l’équipe du Réseau d’Éducation à l’Environnement de Bretagne (REEB). Je suis aujourd’hui chargée de la direction du réseau. Je continue donc “sur le chemin”, motivée par les valeurs communes qui nous animent. Une vraie source d’énergie, propre et non épuisable...
Importance des valeurs dans notre façon de faire
En 2007, dix ans après la création du GRAINE Centre, ce groupe de travail qui s’est réuni afin de mener une réflexion et de poser par écrit ce qu’est l’éthique que nous défendons depuis toujours, a permis de faire émerger un certain nombre de valeurs exprimées plus loin. Depuis la création du GRAINE Centre, la question des valeurs a provoqué des rencontres entre individus, a permis d’inviter des individus à se joindre à d’autres car, eux aussi, partageaient ces idées. Si depuis plus de dix ans, autant de personnes se rassemblent autour d’actions, de projets, de désirs de travailler ensemble, c’est qu’ils s’approprient ces valeurs, c’est qu’ils partagent ces valeurs, c’est qu’elles leur ressemblent. Ces valeurs sont totalement subjectives et c’est sans doute pour cela que certains ne s’y retrouvent pas forcément et il n’est pas concevable de les juger pour autant. Les valeurs sont propres à chacun, certaines sont partagées, d’autres non. Ces valeurs, si elles sont globalement communes ne sont pas nécessairement pour autant individuellement partagées. Elles se reflètent dans un ensemble de pratiques et d’organisations qui font ce qu’est le réseau GRAINE Centre, varié, pluriel et riche.
Il ne s’agit pas ici de doctrines ou autres croyances mais bien d’une volonté commune de partager et de défendre ensemble, collectivement, des idées, avec l’objectif d’éduquer (et de s’éduquer) au profit des générations futures et de cette planète que nous leur léguons. Il n’est pas concevable que, ne partageant pas ces idées, ces principes qui sont notre fondement, des actions contraires puissent se réaliser.
Agir contre nos valeurs serait comme agir contre le réseau. À l’inverse, agir ensemble autour de valeurs communes est agir en faveur du réseau avec l’idée permanente d’évolution et de perpétuelle remise en question de nos actions et façons de faire. |