6e colege Jean Renoir Bourges

L'engagement
Militants pour la planète...

Par Sandy Goll

 

Dossier réalisé à partir de la Revue La Luciole du Centre
Hors Série 2008

 

 

“Se taire est un acte politique, de même que protester. Quiconque prend conscience des désastres de la mondialisation n’est plus innocent, il est contraint de s’engager.”

Arundhati Roy,
écrivaine indienne.

“On ne naît pas citoyen mais on le devient, il ne s’agit pas d’un état mais d’une conquête permanente. Le citoyen est celui qui est capable d’intervenir dans la cité. Cela suppose formation d’une opinion raisonnée, aptitude à l’exprimer, acceptation du débat public. La citoyenneté est alors la capacité construite à intervenir, ou même simplement oser intervenir dans la cité.”

Programme d’éducation civique, juridique et sociale
(collèges/lycées).

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

Force est de constater que susciter l’engagement est difficile. L’habitude d’avoir des droits et le confort matériel a tendance à assoupir les citoyens. Le régime démocratique basé sur l’élection de représentants est en crise. Nous avons perdu confiance en nos élus, accusés d’être plus attachés au pouvoir qu’à leurs promesses. Nous ne sommes donc plus très motivés pour aller voter. Résultat, l’abstention est telle que les représentants ne sont plus très représentatifs… Les syndicats et les partis politiques sont aussi remis en question. Les formes traditionnelles d’engagement reculent. Il paraît urgent de réformer ces structures. Mais il est aussi possible d’agir par d’autres voies pour pratiquer activement sa citoyenneté.

Engagement des personnes envers leur milieu de vie… Il s’agit en effet d’un réel engagement envers les autres et son environnement. Comment pouvons-nous (éducateurs à l’environnement) transmettre cette valeur à notre public, si ce n’est en étant nous-mêmes engagés ? En étant des “militants pour la planète”.

Comprendre pour agir

Il est nécessaire de connaître son milieu pour pouvoir le protéger efficacement. À cette fin, on sera attentif à favoriser un éveil sensible et émotionnel, une capacité d’observation et de découverte, une pratique d’expérimentation du terrain et de l’action.

Ce sera la première phase de tout projet pédagogique. Mais on ne peut pas se contenter d’observer : il faut agir ! Pourquoi intervient-on ? Parce qu’on se sent concerné. La pédagogie de projet favorise le développement de l’autonomie, de la responsabilité, de la participation active… un tel apprentissage ne peut que rebondir dans le quotidien. “Agir et participer c’est avec ces mots que se concrétise l’éco citoyenneté” (Dominique COTTEREAU, Alterner pour apprendre).

En tant que membre de la société civile, je suis acteur de la vie sociale, quelle que soit ma place. C’est donc un droit d’y porter un regard critique et un engagement civique. Et en matière d’environnement, bien des problèmes se posent localement.

S’informer autrement

La liberté d’expression et le droit à l’information sont les fondements de la démocratie. Ils sont pourtant sérieusement bafoués dans de nombreux pays. Une grande partie des médias est aujourd’hui aux mains de grands groupes industriels. De plus, les possibilités de communiquer et de diffuser de l’information demeurent très minoritaires dans les pays du Sud. C’est donc le Nord qui abreuve de ses images la planète entière, au détriment d’autres regards sur le monde. Attention donc à la manipulation. Multipliez les formes de médias (TV, internet, lectures…), participez à des débats, des conférences… et échangez vos idées, afin de vous former un esprit critique et de trouver la bonne information.

Dans un centre de loisirs ou à l’école, pourquoi ne pas créer un journal ou un site Internet ? Un bon moyen de pratiquer la liberté d’expression.

Comment susciter l’engagement ?

Peut-être d’abord en permettant à l’individu d’être responsable. N’est-ce pas un objectif commun à tous nos projets éducatifs ?

Le sens de la responsabilité est sûrement l’une des capacités les plus importantes à développer en éducation à l’environnement. Il permet de prendre la juste mesure de ses actes dans le monde.

Être un consom’acteur

Chaque fois que l’on fait ses courses, on fait des choix qui ne se résument pas à des questions de prix ou de mode, mais ont une influence sur les conditions de travail de ceux qui produisent et sur l’environnement. Apprendre à lire les étiquettes peut alors être très utile. Aujourd’hui, fort heureusement, il existe des alternatives : commerce équitable, éco labels, épargne solidaire, produits issus de l’agriculture biologique, tourisme solidaire… Le consommateur a un pouvoir non négligeable.

Plusieurs activités et jeux permettent d’apprendre à lire les étiquettes. Il y a l’atelier “Sachons choisir nos achats”, extrait des ateliers sur la consommation du programme pédagogique Rouletaboule où il s’agit de comparer différents produits. Cet atelier permet d’apprendre à comprendre les éco labels et à déchiffrer la composition de certains produits. Je pense aussi à cette animation que j’avais mise en place dans un centre commercial (le meilleur moyen de toucher les consommateurs !), adaptée d’une étude de l’ADEME sur la réduction des déchets. J’avais récupéré deux caddies, le premier baptisé “Maxi-déchets” et le second “Mini-déchets”. À l’intérieur étaient disposés divers emballages de produits de la vie quotidienne (alimentation, hygiène, produits d’entretien…).

Voici quelques exemples : des lingettes et un balai en plastique (faut-il citer la marque ?!) dans le premier caddie et un balai et une serpillière réutilisable dans le second, de la lessive dans un flacon en plastique pour le premier et une éco recharge dans le second, un paquet de café de marque et un café équitable… l’objectif étant de sensibiliser à la réduction des déchets et à des alternatives de consommation. Il est très intéressant d’écouter les petites dames échanger sur leurs modes de vie avec les plus jeunes qui sont plus habitués au monde du jetable !

“Aux armes, citoyens !”

Les associations et les mouvements citoyens sont désormais incontournables dans la vie de la cité. Ils jouent aussi un rôle d’information et de réflexion et assurent le maintien du débat démocratique. Empêcher la culture d’OGM ou la construction d’un incinérateur, obtenir un lieu associatif, pousser la municipalité à mettre en place le tri sélectif ou des pistes cyclables… autant de résultats que les habitants motivés peuvent obtenir.

Son quartier, sa ville, ce sont les premiers espaces pour agir, développer son pouvoir de citoyen et renforcer la démocratie locale. Il existe de nombreux dispositifs locaux à développer ou à créer : comité ou conseil de quartier, conseil municipal de jeunes… autant d’espaces qui permettent de s’informer, de s’exprimer et d’impulser des changements.

Un jeu de rôle pour apprendre la citoyenneté

Une animation que je mettais en place dans ma structure, me paraît répondre à la problématique (comment susciter l’engagement ?). Il s’agit d’un jeu de rôle sur la gestion des déchets “Démêlés à Trifouilly” extrait de la malle pédagogique Rouletaboule (École et Nature). Le maire de Trifouilly a convié les participants à une réunion publique sur le thème des déchets. Le contexte : la ville de Trifouilly dépose ses déchets dans une décharge à ciel ouvert, ce qui n’est pas sans conséquences désastreuses pour l’environnement… Le maire a donc décidé de réunir les représentants de la société civile afin de monter un plan de gestion des déchets. Chaque participant a un rôle attribué (décrit dans une fiche de rôle) : le maire, la responsable du club du 3e âge, le directeur d’un grand magasin et celui d’un petit commerce… un fabricant d’usine d’incinération, un spécialiste du compostage, le président de la communauté de communes, un militant “écolo”… Ce jeu se déroule sur deux jours au moins et permet non seulement d’acquérir des connaissances solides sur le thème des déchets, mais aussi de pratiquer la démocratie, grâce aux débats, à l’argumentation et aux prises de position. L’avantage de cette méthode, le jeu de rôle, est qu’elle peut s’adapter à toutes les thématiques et tous les publics : pourquoi ne pas remplacer Trifouilly par sa propre école ? Un élève pourrait alors devenir enseignant ou chef d’établissement et devoir décider de l’organisation interne du traitement des déchets (installer un composteur dans l’école, le tri du papier, des piles…).

Pour transformer le quotidien, on peut utiliser ce qui existe ou inventer ce qui n’existe pas encore. Et cela à tous les niveaux : quartier, région, entreprise, école, association… La liste des possibilités est sans limite. Il suffit juste d’avoir une envie et de s’y mettre à plusieurs.

Au quotidien, je peux me considérer comme quelqu’un d’engagée. D’engagée pour les autres dès que je le peux, d’engagée aussi pour mon environnement. En fait je suis bénévole d’une association que nous connaissons tous : la planète Terre (et son univers) !