Force est de constater que susciter l’engagement est
difficile. L’habitude d’avoir des droits et le confort matériel
a tendance à assoupir les citoyens. Le régime démocratique
basé sur l’élection de représentants est en crise.
Nous avons perdu confiance en nos élus, accusés d’être
plus attachés au pouvoir qu’à leurs promesses. Nous ne
sommes donc plus très motivés pour aller voter. Résultat,
l’abstention est telle que les représentants ne sont plus
très représentatifs… Les syndicats et les partis politiques
sont aussi remis en question. Les formes traditionnelles
d’engagement reculent. Il paraît urgent de réformer ces
structures. Mais il est aussi possible d’agir par d’autres
voies pour pratiquer activement sa citoyenneté.
Engagement des personnes envers leur milieu de vie…
Il s’agit en effet d’un réel engagement envers les autres
et son environnement. Comment pouvons-nous (éducateurs à l’environnement) transmettre cette valeur à
notre public, si ce n’est en étant nous-mêmes engagés ?
En étant des “militants pour la planète”.
Comprendre pour agir
Il est nécessaire de connaître son milieu pour pouvoir
le protéger efficacement. À cette fin, on sera attentif à
favoriser un éveil sensible et émotionnel, une capacité
d’observation et de découverte, une pratique d’expérimentation
du terrain et de l’action.
Ce sera la première phase de tout projet pédagogique.
Mais on ne peut pas se contenter d’observer : il
faut agir ! Pourquoi intervient-on ? Parce qu’on se sent
concerné. La pédagogie de projet favorise le développement
de l’autonomie, de la responsabilité, de la
participation active… un tel apprentissage ne peut que
rebondir dans le quotidien. “Agir et participer c’est avec
ces mots que se concrétise l’éco citoyenneté” (Dominique
COTTEREAU, Alterner pour apprendre).
En tant que membre de la société civile, je suis acteur
de la vie sociale, quelle que soit ma place. C’est donc
un droit d’y porter un regard critique et un engagement
civique. Et en matière d’environnement, bien des
problèmes se posent localement.
S’informer autrement
La liberté d’expression et le droit à l’information sont les
fondements de la démocratie. Ils sont pourtant sérieusement
bafoués dans de nombreux pays. Une grande
partie des médias est aujourd’hui aux mains de grands
groupes industriels. De plus, les possibilités de communiquer
et de diffuser de l’information demeurent très
minoritaires dans les pays du Sud. C’est donc le Nord qui
abreuve de ses images la planète entière, au détriment
d’autres regards sur le monde. Attention donc à la manipulation.
Multipliez les formes de médias (TV, internet,
lectures…), participez à des débats, des conférences…
et échangez vos idées, afin de vous former un esprit
critique et de trouver la bonne information.
Dans un centre de loisirs ou à l’école, pourquoi ne pas
créer un journal ou un site Internet ? Un bon moyen de
pratiquer la liberté d’expression.
Comment susciter l’engagement ?
Peut-être d’abord en permettant à l’individu d’être
responsable. N’est-ce pas un objectif commun à tous nos
projets éducatifs ?
Le sens de la responsabilité est sûrement l’une des capacités
les plus importantes à développer en éducation à
l’environnement. Il permet de prendre la juste mesure
de ses actes dans le monde.
Être un consom’acteur
Chaque fois que l’on fait ses courses, on fait des choix
qui ne se résument pas à des questions de prix ou de
mode, mais ont une influence sur les conditions de
travail de ceux qui produisent et sur l’environnement.
Apprendre à lire les étiquettes peut alors être très
utile. Aujourd’hui, fort heureusement, il existe des
alternatives : commerce équitable, éco labels, épargne
solidaire, produits issus de l’agriculture biologique,
tourisme solidaire… Le consommateur a un pouvoir non
négligeable.
Plusieurs activités et jeux permettent d’apprendre à lire
les étiquettes. Il y a l’atelier “Sachons choisir nos achats”,
extrait des ateliers sur la consommation du programme
pédagogique Rouletaboule où il s’agit de comparer
différents produits. Cet atelier permet d’apprendre à
comprendre les éco labels et à déchiffrer la composition
de certains produits. Je pense aussi à cette animation
que j’avais mise en place dans un centre commercial
(le meilleur moyen de toucher les consommateurs !),
adaptée d’une étude de l’ADEME sur la réduction
des déchets. J’avais récupéré deux caddies, le premier
baptisé “Maxi-déchets” et le second “Mini-déchets”.
À l’intérieur étaient disposés divers emballages de
produits de la vie quotidienne (alimentation, hygiène,
produits d’entretien…).
Voici quelques exemples : des lingettes et un balai en
plastique (faut-il citer la marque ?!) dans le premier
caddie et un balai et une serpillière réutilisable dans le
second, de la lessive dans un flacon en plastique pour le
premier et une éco recharge dans le second, un paquet
de café de marque et un café équitable… l’objectif étant de sensibiliser à la réduction des déchets et à des
alternatives de consommation. Il est très intéressant
d’écouter les petites dames échanger sur leurs modes de
vie avec les plus jeunes qui sont plus habitués au monde
du jetable !
“Aux armes, citoyens !”
Les associations et les mouvements citoyens sont désormais
incontournables dans la vie de la cité. Ils jouent
aussi un rôle d’information et de réflexion et assurent le
maintien du débat démocratique. Empêcher la culture
d’OGM ou la construction d’un incinérateur, obtenir un
lieu associatif, pousser la municipalité à mettre en place
le tri sélectif ou des pistes cyclables… autant de résultats
que les habitants motivés peuvent obtenir.
Son quartier, sa ville, ce sont les premiers espaces pour
agir, développer son pouvoir de citoyen et renforcer
la démocratie locale. Il existe de nombreux dispositifs
locaux à développer ou à créer : comité ou conseil de
quartier, conseil municipal de jeunes… autant d’espaces
qui permettent de s’informer, de s’exprimer et d’impulser
des changements.
Un jeu de rôle pour apprendre la citoyenneté
Une animation que je mettais en place dans ma structure,
me paraît répondre à la problématique (comment susciter l’engagement ?). Il s’agit d’un jeu de rôle sur la
gestion des déchets “Démêlés à Trifouilly” extrait de la
malle pédagogique Rouletaboule (École et Nature). Le
maire de Trifouilly a convié les participants à une réunion
publique sur le thème des déchets. Le contexte : la ville
de Trifouilly dépose ses déchets dans une décharge à ciel
ouvert, ce qui n’est pas sans conséquences désastreuses
pour l’environnement… Le maire a donc décidé de réunir
les représentants de la société civile afin de monter un
plan de gestion des déchets. Chaque participant a un
rôle attribué (décrit dans une fiche de rôle) : le maire, la
responsable du club du 3e âge, le directeur d’un grand
magasin et celui d’un petit commerce… un fabricant
d’usine d’incinération, un spécialiste du compostage, le
président de la communauté de communes, un militant “écolo”… Ce jeu se déroule sur deux jours au moins et
permet non seulement d’acquérir des connaissances solides
sur le thème des déchets, mais aussi de pratiquer la
démocratie, grâce aux débats, à l’argumentation et aux
prises de position. L’avantage de cette méthode, le jeu
de rôle, est qu’elle peut s’adapter à toutes les thématiques
et tous les publics : pourquoi ne pas remplacer
Trifouilly par sa propre école ? Un élève pourrait alors
devenir enseignant ou chef d’établissement et devoir
décider de l’organisation interne du traitement des
déchets (installer un composteur dans l’école, le tri du
papier, des piles…).
Pour transformer le quotidien, on peut utiliser ce qui
existe ou inventer ce qui n’existe pas encore. Et cela à
tous les niveaux : quartier, région, entreprise, école, association…
La liste des possibilités est sans limite. Il suffit
juste d’avoir une envie et de s’y mettre à plusieurs.
Au quotidien, je peux me considérer comme quelqu’un
d’engagée. D’engagée pour les autres dès que je le
peux, d’engagée aussi pour mon environnement. En fait
je suis bénévole d’une association que nous connaissons
tous : la planète Terre (et son univers) ! |