L’éducateur à l’environnement aurait-il alors son rôle
dans cet apprentissage de l’autonomie ? Quelle forme
d’autonomie souhaite-t-il développer chez son public ?
Et comment lui donner les moyens de l’atteindre ?
Autant de questions qui se bousculent autour de cette
valeur incontournable… car être autonome, c’est être
libre, c’est assumer ses différences, c’est prendre le
risque de s’affirmer (émotions, valeurs), c’est faire des
choix. C’est être soi, tout simplement et s’assumer en
tant que tel.
Chacun, dans son domaine de compétence, peut aider
l’autre à accéder à l’autonomie. En terme d’éducation à l’environnement, l’objectif est clair pour moi : donner
au public les moyens de devenir un écocitoyen responsable,
capable de faire ses propres choix, d’être acteur
de l’environnement en participant aux débats sur la
protection de la nature et sur le développement durable,
capable de s’engager.
Comment faire en pratique ? Le public a déjà des acquis,
savoirs et savoir-faire. Ils sont parfois bien enfouis, mais
en creusant un peu, en les sollicitant, on découvre des
trésors cachés. Ces connaissances théoriques restent
une base solide, mais la pratique doit vite prendre le
relais car c’est elle qui amène le public à se questionner,
prendre conscience.
Je m’appuierai sur l’exemple d’une classe de lycéens
en formation Gestion et Protection de la Nature. Le
meilleur professeur ne remplacera jamais une sortie
sur le terrain. Il aura beau expliquer en long, en large
et en travers la gestion des zones humides, l’évolution
du milieu, les aménagements à mettre en place pour le
restaurer, rien ne vaudra un chantier d’entretien où les élèves pourront eux-mêmes faire l’analyse, le diagnostic
et mettre la théorie en pratique de leurs propres mains.
C’est cette prise de conscience sur le terrain qui va les
amener à être responsables, à respecter… à accéder
progressivement à l’autonomie.
L’exemple précité est transposable dans le cas de jeunes
enfants : l’éducateur à l’environnement les laissera
explorer, prendre des risques, avec juste ce qu’il faut
de soutien pour qu’ils acquièrent confiance et solidité.
La petite plante qui est en eux ne pourra grandir et
s’épanouir que si le tuteur qui les soutient les prépare à l’autonomie. Ils se libéreront facilement d’un “bon” tuteur, alors qu’ils resteront dépendants du “mauvais”
sans lequel ils se sentiraient perdus et tomberaient.
Accéder à l’autonomie est donc une lourde tâche, à la
fois pour la personne qui tend vers cet état que pour
l’éducateur qui l’aide dans cet apprentissage difficile :
- former à l’autonomie, c’est être capable à un
moment donné d’être présent, d’accompagner vers
la peur de l’inconnu, de soutenir, de rassurer, de
poser les bonnes questions pour permettre à l’autre
de construire les bonnes réponses,
- former à l’autonomie, c’est aussi se détacher de
l’autre, pour éviter une certaine forme de dépendance
affective et sécurisante qui l’inhiberait dans
sa conquête d’autonomie,
- former à l’autonomie, c’est donner à l’autre les
moyens de réinvestir ses savoirs dans un contexte
différent de celui dans lequel il les a construits, afin
de les transformer en compétences.
Pour cela, l’éducateur à l’environnement devra prendre
quelques précautions : doser au plus juste les apprentissages,
en tenant compte du niveau des apprenants,
afin de ne pas les décourager ni les mettre en situation
d’échec. Il s’agit bien d’accompagner les personnes en
formation, de susciter leur curiosité, leur questionnement,
leur volonté d’aller plus loin, de réfléchir avant
d’agir.
Utiliser la pédagogie de projet peut être pour l’éducateur
un moyen aisé de favoriser l’accès à l’autonomie.
Un projet est une sorte de défi. Il mobilise des ressources
cognitives jusque-là inexploitées ou tout du moins
exercées dans un tout autre contexte. En pédagogie
de projet, l’adolescent, l’enfant deviennent acteurs.
Ils peuvent alors prendre conscience de leurs acquis en
veille, les réactiver mais aussi les développer. En mobilisant
des savoirs et des savoir-faire, la démarche de
projet leur permet de construire des compétences, de
s’émanciper, de s’interroger sur la valeur de leurs actes,
de regarder droit devant sur le long terme… de devenir
autonomes.
L’autonomie se construit dans la rencontre, le partage,
l’échange, au cours d’apprentissages. Elle s’épanouit à
l’occasion d’obstacles inattendus, d’expériences fortes
et marquantes. Elle s’acquiert lentement mais sûrement
au terme d’épreuves, de pratiques ou de mises en situation
qui renforceront la confiance en soi, l’affirmation
de soi, la capacité à faire des choix et de les négocier.
Le chemin vers l’autonomie est long et sinueux. En tant
qu’éducateurs à l’environnement, maillons de la chaîne
qui mène à l’autonomie, notre rôle est d’aider ces
petites graines à devenir des écocitoyens responsables
et autonomes, conscients de leurs actes et des valeurs
qu’ils véhiculent.
Bonne chance dans cette tâche… la liberté est au bout !
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