Des enfants et des hirondelles à Tours

 

Dossier réalisé à partir de la Revue La Luciole du Centre n°8

 
 

Martelant de dizaines de petits pieds les rues de Tours, les têtes en l’air, les yeux scrutant méthodiquement les hautes façades des bâtiments urbains, dans une ambiance d’extase et de cris de joie à peine étouffés, les doigts pointés vers ces choses auparavant insignifiantes, voire invisibles à l’Homme de la ville non initié ou trop pressé… Mais que font ces enfants en plein centre de Tours un jour d’école ?

Photo : Sophie Legland

Photo : Sophie Legland

Photo : Sophie Legland

Ils s’exercent à voir ce que l’œil citadin ne sait plus. Ils apprennent à découvrir la ville autrement, celle qui demeure sauvage et qui rythme nos saisons malgré le vacarme des véhicules et les couleurs criardes des vitrines. Ces choses que les enfants repèrent et comptent sont des nids d’hirondelles maçonnés sous les avancées des toitures, sous les balcons ou encore dans les angles supérieurs des fenêtres. C’est ainsi l’occasion de réaliser un travail concret sur le plan des quartiers prospectés et d’y localiser précisément les nids de boue et de paille.

Les inventaires des nids d’hirondelles ont été réalisés par des classes des écoles Paul-BERT et BASTIE durant les hivers 2004 et 2005 dans le cadre des Classes-Ateliers-Environnement, structure éducative mise en place par la ville de Tours en partenariat avec l’Education Nationale. A noter que l’un des enseignants de l’école Anatole France mène un travail similaire dans son quartier. Les résultats sont centralisés par Patrice RAVENEAU, représentant des clubs CPN. Missionné par la ville de Tours, il assure le suivi des écoles ayant des projets « nature ». Au printemps 2007, ce sera une classe de l’école GIDE qui continuera ces observations en commençant par son propre quartier. Car les hirondelles savent s’adapter aux immeubles plus récents et les enfants ont déjà remarqué plusieurs nids entre les 8 ème et 14 ème étages. La sortie du CM1 de l’école BASTIE en novembre 05 a permis de recenser 77 nids. Les oiseaux se sont même installés discrètement dans la rue nationale, une rue très commerçante de l’hyper centre. Les bâtiments les plus prisés par nos amies sont l’église de St Symphorien proche de la Loire (19 nids) et l’opéra de Tours (16 nids). Les hirondelles ne se contentent pas d’art religieux et de culture lyrique. Elles affectionnent aussi les édifices scolaires d’un certain age. Ainsi, les élèves de l’école Paul BERT ont pris l’habitude de contempler les envolées incessantes des hirondelles qui retrouvent au printemps les nids surplombant la cour d’école.

Les enquêtes sur le terrain s’insèrent en général dans une démarche scientifique traitant de la migration des oiseaux. Pourquoi les hirondelles partent-elles en automne ? Pourquoi migrent-elles avant même l’arrivée de la mauvaise saison ? Pourquoi ne se perdent-elles pas ? Les enfants proposent des hypothèses et le tâtonnement qui s’en suit permet d’aborder des notions telles que les régimes alimentaires, le comportement des animaux en hiver, le repérage astronomique en vol…

En outre, les jeunes citoyens découvrent peu à peu que la survie des joyeuses populations d’hirondelles -et d’un autre migrateur qu’il est impossible d’ignorer dès le mois d’avril à Tours, les martinets noirs tournoyant dans le ciel- est liée aux activités des humains. Ainsi toute une colonie débordante d’activité peut disparaître à jamais lors d’un ravalement de façade ou simplement parce que l’on décide un jour de fermer hermétiquement une ouverture qui permettait jusqu’alors le passage de quelques pensionnaires… Seule une prise de conscience de l’existence de ces oiseaux tout près de nous peut déboucher sur des actions de protection. Et protéger, le plus souvent, c’est accepter de partager son habitat avec l’animal en imaginant parfois de petits aménagements judicieux. Les enfants sont invités à discuter de leurs idées pour résoudre des petits problèmes concrets : comment s’accommoder au mieux des fientes d’hirondelles par exemple ?

Apprendre à vivre de manière consciente et responsable avec les hirondelles, c’est un peu plus de citoyenneté dans nos villes. Alors, en vous promenant dans les rues de la ville de Tours, ne vous étonnez pas si des enfants marchent la tête en l’air…

Véronique Philippot