Septembre 2004 - Les éco-délégués de Vendôme en formation - Source : LEGTA Vendôme

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Dossier réalisé à partir de la Revue La Luciole du Centre n°5

 

Interview de François Xavier Jacquin
Lycée Agricole de Vendôme

 

Depuis plusieurs années au sein du lycée agricole de Vendôme les élèves travaillent à la mise en place d'actions dans le cadre du Développement Durable. François-Xavier Jacquin est l'un des animateurs de cette initiative à Vendôme.

 
 
 

La Luciole (LL) : L'enseignement agricole a été en avance dans la prise en compte du développement durable, comment expliquez-vous cela ?
François-Xavier Jacquin (FXJ) : C'est normal que le Ministère de l'Agriculture soit en avance car dès 1992 la réforme de la Politique Agricole Commune (PAC) prévoit d'introduire le respect de l'environnement et des paysages dans les pratiques agricoles et tout naturellement il a cherché à créer un réseau de fermes pilotes. C’est ainsi que la ferme de Saint Maurice à Lamotte Beuvron gérée en partie par le lycée agricole de Vendôme est devenu un des sites pilotes. Le système d'exploitation a été modifié et dès 1994 cette exploitation de polyculture élevage est devenue une ferme de production biologique. Dans le domaine agricole il y a eu les Contrats Territoriaux d'Exploitation (CTE) qui engageaient les agriculteurs vers des pratiques plus respectueuses de l'environnement, qui sont ensuite devenus des contrats d'agriculture durable. Parallèlement ont été définis petit à petit et à l'épreuve d'expérimentation des indicateurs quantifiés et adaptés à toute forme d'exploitation agricole, par exemple dans des conditions définies : le nombre d'unités à l'hectare d'azote a été établi. Le développement durable se construit à l'épreuve des faits et des actions conduites entre des partenaires. Le fait de réfléchir à des indicateurs fait évoluer la notion de Développement Durable.

LL : Le développement durable est dit-on la recherche d'un équilibre entre la qualité environnementale, la viabilité économique et l'amélioration sociale. Si les deux premiers aspects sont compréhensibles, comment peut se manifester pour un agriculteur par exemple le progrès social alors qu'il va se soumettre à un peu plus de contraintes à priori ?

FXJ : Penser au progrès social c'est à la fois envisager une meilleure qualité de vie de l'agriculteur mais aussi tenir compte de l'emploi en veillant à le maintenir ou mieux à en créer, il faut tenir compte du tissu social dans le territoire et des rapports qui existent ou peuvent exister entre tous les acteurs du territoire : artisans, commerçants, développement touristique…
 
Une classe de première en pleine séance de plantation sur le lycée, pour financer leur voyage d'étude au Maroc - Source : LEGTA Vendôme

LL : Il y a des territoires ruraux qui font sans doute du développement durable depuis longtemps sans le savoir, mais quelles ont été les réalisations engagées sur la ferme de Saint Maurice par les élèves ?
FXJ : Les élèves du lycée dans le cadre de leur formation ont réalisé des diagnostics et concrètement l'élevage intensif de lapins a été supprimé. Ensuite il a été créé des gîtes ruraux et enfin il a été planté des haies.

LL : Venons-en maintenant aux expériences mises en œuvre sur le lycée agricole à Vendôme.
FXJ : Au départ, il y a eu un groupe de membres du personnel du lycée qui souhaitait agir pour l'environnement et le cadre de vie mais là où ils vivaient pour améliorer l'environnement humain et paysager. Ces personnels ont donc formé un comité de pilotage, ils avaient en commun un souci de cohérence par rapport à l'enseignement ; par exemple, peut-on enseigner à des élèves que l'apport de matière organique est indispensable à la bonne structure d'un sol si par ailleurs en sortant de la classe un tas de feuilles mortes est en train de brûler au coin des pelouses de l'établissement ? Point n° 1 : éviter l'incohérence. Point n° 2 : poser des actes.
Première décision lors de la réunion qui regroupait toutes les catégories des personnes vivant sur le lycée (élèves, résidents, adultes en formation, personnels administratifs, techniques, enseignants) : mettre en œuvre une action perceptible à l'échelle de l'année parmi les idées que proposent les participants.
Première action simple à mettre en œuvre : le tri du papier.
A partir de là, il a fallu enquêter pour voir où le papier pourrait être recyclé, quel serait le rythme de l'enlèvement, comment les élèves allaient s'organiser pour assurer la vidange mensuelle sans que cela soit une contrainte, comment informer et équiper toutes les salles du lycée de points de dépôts spécifiques ? Au fil du déroulement de l'action on s'aperçoit qu'il faut régulièrement “relancer la machine”, motiver sans contraindre, ainsi la communication est régulière et l'analyse de ce que l'on fait indispensable, comme par exemple : d'où vient le papier que nous utilisons ? D'Australie ? Quelles garanties avons nous qu'il est produit dans une démarche de gestion durable de la forêt ? Si non, quelle action engager ?
Ainsi une action en appelle une autre.

LL: Quelles autres actions avez-vous engagées avec les élèves ?
FXJ : Le lycée a engagé la modernisation de la restauration et les élèves ont imaginé alors récupérer une partie recyclable des déchets et faire un compost. En utilisant la matière organique ainsi formée, ils ont créé, planté des parterres, des haies qui améliorent l'environnement paysager du site. Ils ont choisi eux-même les emplacements des plants et en assurent l'entretien, conduisant diverses expérimentations en application des enseignements dispensés. Ils se sont organisés à tour de rôle pour vider le container des cuisines sur le compost, dans le même temps et pour alimenter le compost, les feuilles mortes sont elles aussi transportées sur le compost ou sur les plantations les plus proches. Les classes constituent des dossiers sur les expériences en cours et les déposent au lycée pour les élèves à venir. Les élèves laissent ainsi une trace pour les suivants : solidarité de classes qui ne se connaîtront pas, avec des élèves acteurs du développement du lycée. Solidarité aussi entre élèves et adultes en formation “entretien de l'espace” dans l'aménagement du paysage sur des réalisations en commun pour des travaux que les élèves seuls ne peuvent pas faire (maniement de certains outils) et pour lesquels ils ont conduit une réflexion conjointe avec les adultes. L'aménagement des espaces autour des bâtiments du lycée est chaque jour un peu plus l'œuvre des élèves, des étudiants ou des stagiaires de l'établissement.

LL : Vous nous avez dit au début de l'entretien que vous dévoileriez plus tard votre définition du Développement Durable... Alors ?
FXJ : Pour moi le Développement Durable c'est de l'action, c'est du concret et en même temps que se développent ces actions il faut réfléchir pour savoir si l'action est durable ou pas. Au préalable il faut s'entendre sur un socle commun de valeurs. Les actions sont en général très modestes. Attention au spécialiste du Développement Durable on peut très vite s'en remettre à lui et ne plus participer, hors sans participation large il ne peut pas y avoir d'actions durables. Et pourtant le comité de pilotage du lycée a connu une période d'essoufflement et il a été provisoirement dissout, mais la dynamique est repartie par la mise en place dans les classes d'éco délégués (2 par classe) pour relancer la communication et les actions. Contre toute attente les élèves se sont lancés récemment dans la création d'un jardin bio et la construction d'une cabane en torchis, sans intervention de l'encadrement. Les éco-délégués se rencontrent une fois par trimestre et ont reçu pour ce rôle deux journées de formation. Le lycée a embauché un agent du cadre de vie qui suit de près les diverses actions, mais il faut aller plus loin, il me paraît maintenant important d'envisager un comité de pilotage institutionnel.

LL : Quelle organisation le Ministère de l'Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche et de la Ruralité (MAAPR) a-t-il mis en place au niveau régional ?

FXJ : Au niveau du Service Régional de la Formation et du Développement (SRFD) le MAAPR a engagé une opération de Développement Durable sur la période 2003-2006 avec 2 animatrices et la perspective de mettre au point un document sur la prise en compte du Développement Durable dans les établissements de formation professionnelle agricole. Les lycées de Tours-Fondettes et de Vendôme sont des sites pilotes.
 

NDLR : Devenir acteur de sa propre formation et si c'était par là que commence le DD à l'école !
Déjà si demain on commençait par expliquer aux élèves que leur établissement dépense telle somme d'argent pour l'eau, l'électricité, le fioul et qu'en fermant les radiateurs, les portes, les fenêtres, les robinets et en éteignant la lumière en sortant d'une pièce on peut faire des économies. On ferait des pas de géants. Le Ministère de l'écologie a réalisé une économie de plus de 90 000 euros sur 3 ans sur les budgets eau, énergie et ordures ménagères. Des élèves peuvent sans doute en faire autant.

Interview réalisée par Solange Matheron