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Colloque sur l’Education à l’Environnement vers un Développement Durable (EEDD)
Paris 14-15 avril 2004 – Muséum national d’Histoire naturelle
Compte-rendu de Roland Gérard
Coordinateur du Collectif Français pour l'Education à l'Environnement
Un colloque utile
« Il faut une mobilisation de l’ensemble de la société sur cette question ». Ce sont les mots de Serge Lepeltier, ministre français de l ‘écologie et du développement durable, dans son discours de clôture du colloque international sur l’EEDD. Nous sommes bien d’accord et espérons que l’Etat en prendra les moyens, en tout cas de nombreuses forces sociales sont là pour aller dans ce sens, nous avons pu le constater pendant ces deux jours de travaux, il y a de l’engagement ! En synthèse, Michel Ricard (organisateur du colloque) retient trois mots : formation – partenariat – territoire – au fil de son discours ; on en verra pointer trois autres : temps (dans le sens de la durée qu’il faut pour faire les choses) – décloisonnement – international – c’est pas mal !, c’est bien le reflet des travaux des ateliers. On se trouve bien ici dans le sens des 30 ans d’histoire de l’éducation à l'environnement.
Diversité, décloisonnement et réseau
Les plus de 200 participants venaient d’horizons très différents ; acteurs des ministères, des associations, des syndicats, des collectivités, agences de l’eau, UNESCO, parcs régionaux, Ademe, Eco Emballages, agence de la francophonie, entreprises, enseignants du primaire, secondaire, universitaires, chercheurs, inspecteurs, réalisateurs, éditeurs… une vingtaine de pays représentés… beau brassage de population et de culture… « diversité, décloisonnement et réseau » parce que à tout moment, avec ces reflets des pays lointains parmi nous, l’idée que la question qui nous réunissait dépasse les frontières, était toujours présente. « Réseau » parce que c’est ce qui se passe quand on décloisonne… quand on décloisonne, derrière, ça fait réseau ! et le mot « décloisonnement » il est revenu très souvent. Dans l’atelier 3 , un universitaire « c’est vrai, c’est très cloisonné ! » (il parlait des disciplines) . Dans le même atelier « la culture du travail en équipe n’est pas une culture française » dommage !. Le ministre de l’écologie et du développement durable s’y met aussi. Il parle de « faire tomber les cloisonnements dont souffre notre société », il parle de l’importance de la « concertation », il pose la question « comment travailler ensemble ? », toute chose bien cohérente avec l’idée de « partenariat » qui est certainement le maître mot de ce colloque !
Très diversifiés, les participants étaient actifs et pour beaucoup connaissant bien les affaires . Nombreux étaient ceux qui sont déjà dans cette nouvelle culture qui se vit ; « à bas les cloisons » . Autre mot du même tonneau qu’on peut entendre à plusieurs occasions « passerelles », pour passer au dessus des cloisons sans doute, pour créer des partenariats, pour relier les îlots de l’archipel… en tout cas, avec tous ces désirs de passerelle et d’effondrement des cloisons, des rencontres devraient avoir lieu, espérons les fécondes.
Réfléchir sa consommation
Pour en finir avec les mots qui font sens, impossible de clore sans le mot « consommation » dans la bouche de Cédric Du Monceau, directeur de WWF, « nous consommons trop ! », dans celle de Christian Brodhag « on ne peut pas critiquer les entreprises et acheter leurs produits ! ». Koïchiro Matsuura, directeur général de l’UNESCO, apporte aussi son eau à ce moulin en évoquant la « consommation durable ».
Voilà qu’on nous demande d’être responsable et de faire un peu attention à ce qu’on fait. Nicolas Hulot qui a fait un discours remarquable dira « la capacité individuelle que nous avons chacun d’arranger ou de dégrader l’environnement est loin d’être négligeable », il dit que nous devons l’enseigner aux enfants. Il est évident, progressivement pour de plus en plus de monde que notre consommation de tous les jours fait partie de nos tous premiers moyens d’agir !
Nature ou pas ?
Pour beaucoup, la nature est là, ils le disent, Jean-Louis Etienne nous rappelle que les ours blancs qui vivent dans d’immenses territoires vierges ont des « pesticides dans la graisse ». Le ministre de la recherche parle d’une « démarche de responsabilité à acquérir dès l’enfance : Respect de la nature, économie d’énergie, collecte des déchets, contact immédiat pour une interaction avec la nature ».
Le directeur général de l’UNESCO évoquera lui aussi la relation des populations avec la nature et évidemment Nicolas Hulot qui lui parle « d’une nouvelle dimension de l’éthique » « d’unicité de l’Homme et du vivant » de « retisser les liens avec la nature », de « connivence avec la nature »… le ministre de l’écologie lui-même qui dit, évoquant notre lieu de rencontre au Muséum « il n’y a rien de plus dur que de savoir qu’il y a des espèces disparues ! »
Cela a à voir certainement, dans l’atelier 3, un participant le dit avec son cœur « on comprend et on apprend avec les cinq sens », invitation à aller dans la nature, écouter, voir, sentir, toucher, goûter pour créer cette « connivence » et tisser des « liens » ! Mais, rencontre de la nature ou pas à l’école, à eux aussi de décider dans les ministères, pourvu que ce soit entendu !
L’éducation, les enfants, apprendre
Jean-Louis Etienne nous interpelle quand il dit « l’école est difficile, c’est un devoir d’être attractif ». Le directeur de WWF s’adresse aux enseignants « les profs peuvent trouver là une nouvelle source pour leur métier ! ». Christian Brodhag qui fait partie du groupe qui a écrit la charte de l’environnement qui sera adossée à la constitution (souhaitons-le !) en rappelle l’article 8 dans lequel l’éducation à l'environnement est rangée « au niveau des plus hautes valeurs de la République ». Il en appelle à la « créativité », il invite aussi à « communiquer à travers des projets exemplaires ». Lucie Sauvé, lors de l’atelier 6, si cosmopolite, si riche et effervescent, en appelle à la « réflexivité critique» à « l ‘appartenance », à l’ « engagement », au « dialogue », là « authenticité », à la « liberté », la « créativité », les beaux ingrédients de cette nouvelle éducation !
« L’EEDD doit devenir un processus permanent tout au long de la vie » nous dit le ministre de l’écologie. Il parle aussi « d’apprentissage par la pratique », « le but ultime, devenir chacun un écocitoyen, il faut donner du sens à ce mot écocitoyen . L’inspecteur général, Gérard Bonhoure, pour l’Education Nationale, en faisant le point sur les expérimentations, à un discours similaire à celui décembre lors du colloque interne à l’Education Nationale de la Desco (direction des affaires scolaires), reconnaissant que l’éducation à l'environnement doit avancer sur deux jambes, celle des disciplines et celle des projets. Il demande aux enseignants d’y aller, invoquant un « devoir d’essayer et d’innover », il leur reconnaît même le droit à l’erreur.
Jean-Louis Etienne nous invite sur le sujet à une position adulte, « ne pas faire de nos enfants les ambassadeurs de nos inquiétudes, mais leur apporter des solutions ». Et si on les a pas ces solutions on peut toujours tenter d’offrir à chacun les moyens de les trouver, mettre sur la piste !
Paradoxe 21
Ceux qui ont les clés du pouvoir vont-ils un jour, une bonne fois pour toute, faire le pas ? Pendant tout le colloque, on a ressenti une tension entre les gestionnaires réalistes et ceux qui n’ont en fait pas grand chose à perdre et parlent plus avec leur cœur.
Cinq ministres viennent au colloque et disent l’importance qu’il y a à l’éducation à l'environnement, on ne peut qu’en être satisfait mais… où est le concret ?… qu’est-ce que le gouvernement nous annonce comme changement important ou moyens engagés ?… très peu de choses eu égard aux enjeux dont tout le monde semble par ailleurs avoir pleine conscience. A entendre les ministres, on a souvent l’impression que d’après eux, tout est déjà fait… ça manque encore d’auto critique et de vraies perspectives du travail à réaliser n’ont pas été clairement présentés. On cherche la ligne politique claire, on cherche l’engagement, on attend la feuille de route avec des échéanciers.
Le paradoxe 21, c’est un inspecteur général de l’éducation nationale qui dit « il faut former tous les enseignants » et dans un atelier le lendemain, une prof qui est sur le terrain et qui dit « la formation continue est complètement sabordée ». Le paradoxe 21, ce sont les nombreux représentants associatifs qui sont là dans un esprit constructif, pour apporter leurs savoirs et savoirs-faire et en même temps de les entendre unanimement dire que ce n’est plus vivable, ces crédits à la baisse pour les associations, les conventions non renouvelées, les aides à l’emploi supprimées, le peu d’entrain de certains rectorats à s’ouvrir véritablement au partenariat associatif tout en étant parfois très peu regardant sur des partenariats carrément marchands. Les ministres eux, semblent tous d’accord quand l’un d’entre eux dit que « les associations sont un levier essentiel pour faire évoluer » ou quand Koïchiro Matsuura rend « hommage à la société civile » pour le rôle qu’elle joue pour faire avancer l’éducation à l'environnement dans la société. Le Paradoxe 21 c’est quand Nicolas Hulot insiste sur « l’importance des enjeux » disant que là dessus il n’y a pas de doute et que la veille, Jean François-Poncet, sénateur, ancien ministre et président de conseil général, parle de « hiérarchiser les périls », « ne pas ignorer les progrès », « met en garde ceux qui veulent en faire trop », « met en garde par rapport à certains excès » et de souhaiter une « éducation à l'environnement qui met en avant les progrès réalisés »… quand on sait la dégradation de l’environnement, quand on sait que si peu d’enfants sont touchés par l’éducation à l’environnement ! quand on pense que dès 1972 les Nations Unies demandaient à toutes les Nations d’agir sur leurs systèmes éducatifs !
Sept interrogations
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Sur la question des travaux des ateliers. Les choses semblent avoir été vécues de façon très différentes d’un atelier à l’autre. Certains étaient bien dans la construction collective de recommandations, d’autres ont eu du mal à sortir des narrations d’actions valorisant celui qui parle et laissant l’auditeur assez lointain. Bien des participants ne se sont pas reconnus dans certaines recommandations, trop peu discutées et partagées. On a pu entendre que certains rapports d’ateliers auraient été les mêmes si ils avaient été faits avant l’atelier !… Il semble que, autant les groupes constitués par thème d’atelier, dans le comité scientifique de préparation du colloque ont réussi pour la plupart à élaborer collectivement, autant le passage à la participation de tous, avec de 60 à 100 participants dans les ateliers lors du colloque, et pendant une durée trop courte a été très difficile. Certains participants sont partis avec le sentiment qu’il ne s’est agi que d’une pseudo-participation. Rien n’est possible si on n’y met pas le temps nécessaire. Cela montre une nouvelle fois l’importance qu’il y a à accorder à la méthode ! Travailler la méthode plus que le fond et les contenus lors des préparations de rencontres et colloques reste une règle d’or.
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Sur la question d’une conception plutôt surannée de l’EEDD, trop souvent limité aux enfants dans la bouche de nombreux officiels présents à la tribune.
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Sur la question de l’EEDD. A entendre bien des commentaires et doutes exprimés, par, en particulier nos amis des autres pays, il semble que nous (autant nous de la société civile que les autorités publiques) sommes aller peut être un peu vite en besogne en adoptant ce terme « EEDD » comme si d’un coup « EE » ou « ERE » étaient mis au rancart. Nous aurons sans doute à accepter le débat, ou mieux à le provoquer, sur la question de savoir ce qu’on met derrière « éducation à l’environnement vers un développement durable ».
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Sur la question de l’Education Nationale. Le ministre de l’Education Nationale n’est pas venu et le ministre de la recherche n’a pas été présenté et ne s’est pas présenté comme parlant au nom du ministre de l’Education Nationale. Qu’en déduire ? cela rappelle la même absence remarquée à Planet'ERE 2 et aussi à d’autres occasions. Les enseignants, parmi les personnels de l’éducation nationale dont le nombre avait été volontairement limité à 50, semblaient aussi assez peu représentés parmi les participants. Devons-nous lire ici une résistance de la rue de Grenelle à la mission Ricard ? Ce ne serait pas forcément surprenant. La position de l’Education Nationale n’est en effet pas la plus facile à tenir… tout ce monde qui vient comme ça se mêler d’éducation ! Les ponts, les passerelles, le dialogue entres les acteurs de l’Education Nationale et tous les autres, sont pourtant les éléments clé de la réussite de la généralisation, il faudrait plus de brassage. Pourtant la « bienveillance » semblait là de la part de tous les participants plus enclins à faire avancer l’EEDD qu’à polémiquer.
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Sur la question de la presse. Cinq ministres, Jean-Louis Etienne, Nicolas Hulot… aurait-il fallu Brigitte Bardot ou Zidane pour avoir une caméra de télévision ? On nous a parlé d’un entrefilet sur France Info ! Combien de journaux se sont fait l’écho du colloque ? Zéro ? Pourquoi si peu de presse de la part d ‘un gouvernement qui n’est pas spécialement réputé pour sa stratégie de la discrétion en la matière ?
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Sur la question des inscriptions. Plusieurs participants n’ont jamais compté plus de 200 personnes réunies ensemble en plénière. Si on était plus nombreux on peut se poser des questions sur l’assiduité des participants. C’est dommage dans un amphi de 300 places et encore plus quand on sait le nombre de personnes qui ont été refoulées parfois pour certaines à quelques jours du début du colloque. Nous étions 1100 pour les 1ères Assises Nationales de l’éducation à l'environnement à Lille en 2000, 1500 à Planet'ERE 2… on ne peut que regretter le choix d’un si petit format. A l’heure de généraliser, on aurait mieux compris un événement partagé par un plus grand nombre, un large accueil et une plus grande attention à ceux à qui on demande de finalement rester chez eux.
Pour conclure.
Nous nous félicitons que l’Etat, s’occupe enfin sérieusement de l’éducation à l'environnement et pose son développement de façon claire dans le cadre international et invite toute la diversité des acteurs à construire collectivement. Nous nous félicitons aussi d’une méthode employée, même si elle doit être améliorée, qui a permis l’élaboration commune de recommandations, qu’il reste maintenant à mettre en œuvre. La secrétaire d’Etat au développement durable Tokia Saïfi semble, elle, très alertée : « L’heure est suffisamment grave pour que nos sociétés se posent, sans tarder, un certain nombre de questions fondamentales : des questions sur ses modes de pensée et ses valeurs et des questions sur les comportements à l’égard de notre environnement. Ces questions doivent déboucher sur une vraie prise de conscience de l’urgence de la situation pour faire évoluer ces comportements afin de préserver l’écosystème de la terre » C’est peut être parce que conscients des enjeux et des solutions qu’apporte l’EEDD que Serge Lepeltier et elle nous assurent du soutien du gouvernement « J’aimerais apporter mes encouragements à l’ensemble des acteurs francophones et français, au premier rang desquels le Collectif français pour l’éducation à l’environnement, pour les travaux préparatoires entamés en vue de la constitution de l’organisation non gouvernementale et internationale francophone Planet’ERE qui sera dédiée à l’éducation à l’environnement pour le développement durable. Je formule tous mes vœux de succès à cette nouvelle organisation qui verra le jour dès demain. Sachez que le gouvernement français est à vos côtés. » nous dit le ministre.
Plusieurs participants sont repartis assez perplexes -ce paradoxe 21- ! disant qu’il n’y avait rien de neuf sous le soleil. On peut toutefois être plus positif en disant que, si bien des recommandations, mises en avant dans le colloque, sont dans la culture de certains acteurs, depuis des années, les voilà aujourd’hui appropriées par les pouvoirs publics et de nombreux autres partenaires. La culture de l’éducation à l'environnement migre de la marge au centre ! s’il y a encore un centre dans ce monde complexe ! à l’Etat maintenant de nous montrer que nous avons eu raison de nous engager (le CFEE) pour la réussite de ce colloque et de faire ce qu’il faut pour que tout cela ne reste pas dans les tiroirs. On peut en guise de points finaux, inviter à deux méditations : l’une proposée par le directeur général de l’UNESCO pour qui le développement durable c’est « la paix, les droits de l’Homme, l’équité, autantque l’environnement » et l’autre, par Nicolas Hulot, qui nous invite à nous tourner vers une « société de l’être, la seule envisageable écologiquement ».
Roland Gérard
Coordonnateur du CFEE.
Qui remercie les nombreux contributeurs
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