Jamais sans doute je n'ai pensé aussi fort “François Terrasson n'est pas mort” car ses idées ou plutôt son remue méninges court toujours ! Son expérience de vie a forgé sa philosophie et c'est d'abord dans la nature, au plus profond de sa “sauvagerie” qu'il a acquis ses convictions. François Terrasson a longtemps siégé dans des commissions de remembrement comme personne qualifiée pour la protection de la nature. Il a écouté des ingénieurs et techniciens de tout poil passer des heures à convaincre leur auditoire que les marécages, tourbières et autres milieux insalubres devaient être assainis et que la bordure rectiligne d'un champ valait mieux que des lisières sinueuses et des haies touffues. Incontrôlable, le mot clé de toute sa réflexion, et ce qui est incontrôlable est l'essence même de la nature (en nous comme autour de nous) et qui réveille des peurs irrationnelles.
“La peur de la nature” fut le premier jet de ses réflexions pertinentes sur nos comportements vis à vis de la nature et chose étrange ce sont parfois les “protecteurs” qui ont été le plus dérangés par les propos de François Terrasson, car protecteurs ou aménagistes il y a chaque fois une volonté d'intervenir dans des processus naturels que ce soit pour faire pousser plus de blé ou pour protéger une espèce patrimoniale comme s'il fallait toujours justifier les liens d'attirance ou au contraire d'aversion que l'on a vis à vis de la nature.
Et c'est sans doute avec les artistes que François Terrasson est le plus en phase car ils sont dans le camp des émotionnels, la nature est une muse qu'ils n'ont pas l'intention de modifier.
Comment enfin évoquer François Terrasson sans parler de la double contrainte dans laquelle pour lui nous confine notre civilisation actuelle où la nature tient de moins en moins de place dans l'espace vécu par les hommes et de plus en plus dans les discours !
Mais pour bien comprendre il faut lire, relire et faire lire : "La peur de la nature", "La civilistation anti-nature"
Solange Matheron