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Malheureusement, ce gain d'autonomie a son revers : angoisse de séparation et découverte de l'altérité. Il va s'agir alors pour lui de compenser cette rupture par la construction de doubles édificateurs venus se substituer à la sensation d'abandon. C'est le rôle de l'objet transitionnel que d'intégrer la séparation dans une relation à l'autre avec l'aide d'un animal, artificiel ou réel, des chansons et des contes, des dessins et des jouets. Et c'est à partir de ce moment que la nature prend déjà toute sa place. Par l'animal d'abord, qui par bien des aspects lui ressemble et auquel souvent on l'assimile.
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Le Sphynx, dans sa célèbre énigme, ne parle-t-il pas à Œdipe d'un animal qui serait l'homme ? par le paysage ensuite dans lequel on le transporte : le jardin, public ou privé, la plage, la cour arborée de l'école, la rivière ou l'étang tout proche dans lequel grouillent de multiples animaux, le zoo ou le parc animalier, et le pain jeté aux canards… Mais tout cela ne suffirait pas si ces découvertes ne débouchaient pas sur les dessins et modelages que l'enfant réalise dans cette action conjointe de manipulation et de “re-création”. Le dessin, d'après Serge Tisseron, permet d'une part la construction du double et d'autre part l'acquisition progressive de l'autonomie : maman n'est pas là, mais je peux la dessiner !
Le dessin, le modelage, la chanson, l'histoire accompagne l'enfant dans son développement, et ils accompagneront plus tard l'adolescent et l'adulte sous des formes de plus en plus variées et de plus en plus diversifiées. |
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Mais deux éléments cependant ne bougent pas : la nature est le principal sujet d'expression et l'imaginaire le principal moyen. Et pourquoi ? Parce que notre nature humaine est d'abord culturelle et que nous appréhendons le monde par des représentations, par des images, par des sons.
C'est ce que nous transmettons à l'enfant dès son plus jeune âge : le monde n'existe que par le sens qu'on lui donne et par les mots qui le décrivent. L'enfant connaît le monde par l'idée qu'il s'en fait avant d'en connaître la réalité : Sophie la girafe lui fait connaître la girafe, même s'il n'en voit aucune “en vrai” de toute sa vie.
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Apprendre l'environnement par l'imaginaire et la pratique artistique n'est jamais que continuer à agir comme nous l'avons toujours fait à travers les siècles pour comprendre, c'est à dire “prendre ensemble” la nature ou les secrets de notre origine qu'elle recèle. Ce que l'enfant cherche en réalisant le dessin d'un arbre ou d'un animal, c'est à saisir par la main le monde qu'il apprend à connaître mais aussi à comprendre son origine car connaître, c'est “naître avec”.
Et le dessin partagé avec les siens, qui ne manqueront pas de le féliciter, permet d'aboutir au but de l'expression artistique, partager ensemble la même émotion dans une fusion retrouvée… pour quelque temps.
François BOITARD
Sociologue |
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