La luciole : Qu'entendez-vous par "Agriculture Bio" ?
Emmanuel LEROUX : C'est un mode de production respectueux des équilibres écologiques. Les pratiques agricoles biologiques se basent sur la prévention. Il s'agit de veiller au maintien d'un équilibre permettant d'utiliser la nature, dans un objectif de production, sans l'altérer. Elle permet de maintenir des emplois dans le milieu rural et de conserver des campagnes vivantes. Elle régule la production en évitant la surproduction. Ces préoccupations correspondent à une démarche d'exploitation solidaire au service des générations futures.
LL : Pourquoi le label AB ?
EL : Les producteurs de produits biologiques se sont regroupés pour trouver un terrain d'entente et des règles communes. Ils ont abouti à un cahier des charges commun en 1985. Les agriculteurs paient un contrôle réalisé par des personnes indépendantes. Sur le plan national et international, il est intéressant de se regrouper à plusieurs sous un label. C'est un socle commun, un cahier des charges rigoureux qui donne des informations aux consommateurs. Sur le plan local, la marque est importante mais elle ne suffit pas. Il faut aussi faire des produits de qualité. Il faut aller plus loin en créant un contact avec les consommateurs et les intermédiaires.
LL : Y a-t-il une réelle prise de conscience des enjeux de l'agriculture biologique ?
EL : Oui, je pense qu'il y a une réelle prise de conscience mais pour être pérenne, elle doit s'appuyer sur des valeurs et des convictions et non pas sur des peurs (la vache folle).
LL : Comment sensibiliser le consommateur ?
EL : Les producteurs doivent communiquer auprès des familles, des enfants sur les enjeux alimentaires mais aussi sur l'équilibre de la nature. L'aliment bio c'est réducteur. Il faut aborder le bio dans sa globalité pour qu'il devienne une conviction. Lors de ma dernière animation avec une classe, je leur ai conté l'histoire d'une petite poule rousse qui sème du blé jusqu'à la fabrication de son pain. Cela permet de leur faire comprendre concrètement tout le cheminement avec les multiples étapes. Ensuite chaque enfant fabrique son pain. Pour les petits de 3-6 ans je travaille sur les sens ; au moulin, nous avons observé la couleur de la farine : elle est blanche alors que le blé est jaune. "Pourquoi? Que fait-on du son? À la poubelle? Non, c'est pour nourrir les cochons!" Lors de la fabrication du pain, ils touchent la pâte, ils la goûtent "est-ce salé? Sucré? Croquant? Piquant?" Au four ils observent les couleurs du feu… J'amène les enfants à répondre eux même à leurs questions.
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