La Luciole : Mr Cheramy, quelle organisation suppose le terme de « coopérative » biologique ?
Mr Chéramy :La Coopérative Biologique est une SA à forme coopérative constituée de sociétaires qui disposent d’une part social et élisent un Conseil d’Administration d’une douzaine de personnes environ. Les actionnaires disposent d’une remise de 10% s’ils ont pris la totalité des parts sociales, c’est-à-dire 112,00€. On peut également acheter pour 32,00€ de parts sociales. On obtient alors une remise de 4% immédiate et 6% pour compléter son capital et obtenir alors les 10% de remise.
LL : Quand a démarré cette aventure ?
Mr C. Historiquement, l’ouverture du magasin remonte aux années 1970, ça a démarré par une dizaine de familles regroupées en association. A lépoque, on se partageait quelques produits de base. Nous avons déménagé il y a 13 ans pour le lieu actuel. Depuis, on assiste à une progression importante du nombre des adhérents. Il y a aujourd’hui plus de 5000 familles adhérentes et nous enregistrons environ une adhésion par jour. Nous avons des gens de toutes catégories sociales et notamment de plus en plus de jeunes, c’est encourageant !
LL : Que proposez-vous comme produit ?
Mr C: Nous proposons tous les produits de base, les cosmétiques et tout ce que l’on se met sur la peau, les produits d’entretien biodégradables et non agressifs pour l’utilisateur. Il y a quelques ustensiles pour faire de la cuisine qui respecte les aliments, des germoirs destinés à rajouter des céréales germés aux aliments. Nous proposons également des compléments alimentaires qui ne sont pas forcément bio. Et puis, il y a une partie information avec une petite bibliothèque et une librairie dont une commission s’occupe.
LL : Est-ce que les prix pratiqués sont accessibles pour tout le monde ?
Mr C: On essaie d’être à la portée de tous notamment en proposant des produits en vrac que les gens peuvent prendre en petite quantité.
LL Qu’est-ce qui explique le coût élevé des produits bio ?
Mr C: Les produits de base sont coûteux, mais il faut comparer à qualité égal. Le coût réel d’un produit est une chose très compliquée à évaluer. Il faut tenir compte de plusieurs paramètres. Les produits conventionnels sont poussés avec des engrais chimiques et gonflés en eau. Il faut également tenir compte des différences de matière sèche, de la richesse des produits en minéraux. Si vous mettez tous ces facteurs bout à bout et qu’au final vous y rajoutez les subventions à l’agriculture intensive (qui constituent des impôts directs), les produits bio se révèlent moins chers que les produits conventionnels. Et puis tout ça a un coût écologique qu’il faudrait pouvoir déterminer pour parvenir au prix réel d’un produit. Pour leur santé, les gens sont prêts à payer plus cher s’il y a un produit de qualité. Ils consomment de manière différente. En diminuant les aliments carnés et les produits laitiers, en consommant davantage de légumineuses, pois chiches, lentilles… on parvient à équilibrer des menus bio avec un budget raisonnable.
LL : Vous disposez d’une très grande variété de produits…sont-ils tous en bio ?
Mr C. : La très grande partie. En boucherie, les viandes sont débitées sur place et contrôlées Ecocert. Ecocert est un des organismes officiels indépendants avec Label France et d’autres qui contrôlent la commercialisation et le cahier des charges du ministère de l’agriculture. Ecocert vérifie en amont que toutes les bêtes sont élevées en bio sur des fermes en bio, bref que toute la filière bio est respectée. Pour l’approvisionnement, nous travaillons avec des groupements de producteurs locaux, le GABTO et Bio Val de Loire. A côté des grossistes, nous avons plus de 150 fournisseurs en direct. On a petit confiturier ici, un producteur de purée d’amandes là, un petit fournisseur de millet d’un côté, de lentilles de l’autre…de cosmétiques, de graines, des huiles.
LL : Est-il toujours possible de travailler avec des productions locales ?
Mr C. : Nous essayons au maximum. Mais pour certaines productions, ce n’est pas toujours possible. Par exemple pour la viande blanche, nous avons deux grossistes hors département. Pour les légumes, nous nous fournissons chez des maraîchers locaux de La Ville aux Dames, Château la Vallières, Bourgueil, Chambray. Pour les produits du midi, nous travaillons avec des grossistes comme Bioprime où Bonneterre qui amènent les compléments, les agrumes…
LL : N’est-ce pas un peu contradictoire d’accroître les transports en allant chercher des produits à l’extérieur ?
Mr C. Il y a une grosse demande pour des produits désaisonnalisés type fruits et légumes qui viennent d’Espagne, d’Italie, du Maroc comme la tomate ou d’autres. La priorité est au local mais nous ce qui compte c’est la garantie bio. Il n’y a pas de raison de ne pas se fournir auprès de producteurs du Sud dont les produits sont en avance. A contrario, il y a des productions tardives comme les pommes qui partent vers le sud. Nous évoluons dans un espace européen où les marchandises circulent. Et puis sur le plan de la santé, qui ne consomme pas d’oranges, de bananes, de pamplemousses ou un ananas de temps en temps ? Il y a des choses importantes pour la santé même si ce n’est pas produit chez nous. On vit majoritairement dans des lieux surchauffés et artificiels qui nécessitent de consommer des fruits aqueux riches en vitamines.
LL : Que peut-on penser de la présence de produits bio dans les grandes surfaces ?
Mr C. Le bio n’est pas vraiment adapté à la grande distribution, celle-ci ne souhaite pas de rupture d’approvisionnement des produits or en bio ce n’est guère possible si l’on tient à la saisonnalité des produits. Les produits bio proposés en grande distribution ont une gamme réduite et c’est surtout pour dire, on vend du bio. C’est un produit d’appel destiné à attirer une clientèle de plus en plus soucieuse de son alimentation Et puis, on peut faire du bio à deux vitesses avec des produits nobles et des sous-produits : des résidus des huileries par exemple. L’achat bio en grande surface constitue un achat occasionnel qui ne fidélise pas une clientèle. A la coopérative, la démarche est inverse et puis nous avons plus de motivation écologique à expliquer l’importance du bio.
LL : Quel est l’état de la filière bio aujourd’hui en France ?
Mr C. Elle ne se développe pas comme le plan de reconversion d’exploitation du traditionnel en bio et d’aides l’avait prévu. Mais il faut également que les producteurs soient convaincus sinon ça ne dure pas longtemps. Il ne faut pas que ce soit la course à la reconversion pour la reconversion au seul motif qu’il y a des aides et des primes. En Touraine, la consommation bio représente 0,5% de la consommation totale. Mais paradoxalement, si demain un gros producteur laitier bio s’installe en Touraine, on ne sera pas en capacité d’écouler sa production. Le bio reste une économie fragile.
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